Festival ROCK’NRUN au cross de SPA

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La TEAM avait prévu un déplacement en masse ce WE sur les hauteurs de la Fraîneuse. Ciel maussade, mines fatiguées de l’avancée vers l’hiver, les feuilles plus nombreuses au sol que sur les branches qui peu à peu se dénudent, premiers gels, buées s’extirpant des bouches figées pour révéler au monde qu’il y a encore de l’air en nous : voici la météo des cross! Cette fois nous y sommes.

Et nous nous y installons.

Quadruplé sur le cross court hommes, victoire en cadettes, victoire en scolaires dames, victoire en séniores dames. La bande a fait un carton plein dans sa logique fraternelle.

Faut dire que même le coach s’y est mis, comme annoncé 🙂 C’est donc un amusant quatuor de légende qui a ouvert le feu avec Joël Bottin, Julian Jacquemin, Nicolas Joris et Thomas Vandormael : les pionniers et leur commandant, les lapinous et le vieux lion, la fratrie réunie. Les paris ont fusé durant les jours précédents. Les stratégies ont foisonné jusqu’à la minute du départ. Les jeunes loups avaient soif, sous la pluie froide, de prouver leurs progrès.

Attaque dès le premier tour menée par Joël. Thomas part prudemment. Nicolas hésite. Julian observe. L’affaire se décante rapidement chez les autres concurrents. Thomas reprend le rythme après 1200m, entre les racines, les pierrailles, les feuilles glissantes et les cordelettes qui délimitent le tour pour mieux piéger les yeux abimés : petit virage mal pris pour le coach; Joël repasse devant, Nicolas assure sa troisième place.  Juste avant l’entame du dernier tour, le briscard place l’estocade. La sagesse, tranchante, triomphe, mais les jeunes se rapprochent avec panache et délectation. 1er : Thomas, 2e : Joël, 3e : Nicolas, 4e : Julian! Les quatre premières places sont ravies par la TEAM ROCK’NRUN en même temps que le WACO. La concurrence n’était pas la plus dense, mais un tel bonheur se savoure. Les gars ont le feu aux fesses. Ils sont méritants vu leurs études de haut vol qui débutent. Vu l’eau froide et sombre qui descend du ciel. Vu les soirées tout aussi sombres où la frontale prend du galon. Vu leurs embrasures et leurs bévues. Vu ce qu’on attend d’eux. Vu ce qu’ils attendent d’eux. Eux tous.

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Les filles n’ont déjà plus rien à apprendre des pionniers. Juliette Guillick et Camille Philippe ont toutes deux pris immédiatement les choses en main dans le cross scolaires/Jun/Sen/Masters Dames. Elles géraient pourtant leur effort entre les côtes et les feuilles jaunâtres qui jonchaient les sentiers bien ficelés. La course s’est déroulée sans discussion : leur mano a mano n’a pas laissé voix au chapitre à leurs concurrentes. Juliette l’emporte avec une avance considérable chez les scolaires dames, avant d’offrir un dernier tour en roue libre à Camille chez les séniores pour gagner haut la main toutes catégories confondues (2 victoires sur 2 dans cette nouvelle catégorie à laquelle elle doit encore s’habituer!). On salue bien bas, surtout en connaissant les difficultés qu’elle a rencontrées cette semaine.

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Chez les cadettes dames, la TOUTE JEUNE NOUVELLE ARRIVEE DANS LA BANDE, la percutante et téméraire Gylliane Botty, découvrait son 1er cross en cadettes! Elle en fera très peu cet hiver, à peine de quoi se refroidir et se salir un peu les jambes, pour se concentrer surtout sur la technique, le 400 et le 800m. Elle est prise en charge à la fois par la Team ROCK’NRUN et la Team Gourmet, pour un développement idéal de son talent, conformément à ce dont certains du groupe ont déjà pu bénéficier à travers l’immense savoir-faire de François! En bref, Gylliane n’a pas fait dans la dentelle. Malgré la consigne de partir prudemment vu la difficulté du parcours, la stratégie fut en réalité plus limpide. Dès le coup de feu aux avant-postes, Gygy a imprimé le rythme effréné d’une course en solitaire pour l’emporter à la manière de ses deux aînées ci-dessus! Elle gagne donc son tout premier cross sous la houlette ROCK’NRUN, pour notre grand plaisir!

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Enfin, chez les scolaires, notre mascotte adorée Ruben Querinjean retrouve peu à peu son niveau. Il se classe cette fois 8e et grapille de nombreuses secondes sur l’écart qui le séparait des 1ers à Stavelot. On attend encore les photos!

Cette après-midi à Spa a consolidé un moment émouvant pour l’entraineur, entouré de ses anciens et nouveaux athlètes. Il en profitera pour une fois en parlant avec un « Je » qu’il tente pourtant dans la mesure du possible d’éviter, car c’est l’athlète qui court, pas le coach. Une fois n’est pas coutume :

C’est ici même, en contre-bas de l’anneau de la Fraîneuse, dans une côte anodine, au détour d’un fartlek avec les « jeunes talents » de l’époque fougueux alors comme mes aussi jeunes athlètes de ce jour, qu’une blessure déterminante s’immiscera dans mon dos. Au même moment de l’année donc, douze ans plus tôt, en 2005, les meilleurs francophones étaient réunis pour une journée d’entrainement fédéral sous le contrôle d’un dévoué Edgard Salvé, qui gérait ce type d’activité avec beaucoup de réflexion et de conviction. A l’époque, pour les nostalgiques, il y avait quelques lascars aux foulées virulentes : Thibault Vandenabeele, Bernard Bong, Jean-Pierre Weerts, Antoine Duvivier, Franky Hernould, Marie-Anne Paulus, Anne-Sophie Maréchal, les soeurs Mahieu, les frères Brandebourg, Ricardo Longerich, Charles Van Hees, Thomas Hausman,… et tous ces gars trop vite oubliés malgré leurs quelques exploits dont les chiffres ornent encore bien souvent les cahiers et les tableaux de records du club, là où ils sont passés. Certains sont devenus/restés des amis parfois très proches, d’autres me laissent un souvenir qu’aujourd’hui encore je chéris. Mais ce jour-là de novembre 2005, où nos rêves partagés de devenir des champions se gonflaient d’une amitié tellement spéciale puisqu’elle se vit à travers l’entrainement mais aussi la compétition, ce jour-là quelque chose s’est immiscé dans mon corps pour y laisser pendant longtemps une plaie ouverte. En haut d’une côte, l’os sacro-iliaque gauche m’a révélé son existence. Sorti de ses gonds, il a compromis mes plus belles années de pratique, avec des séquelles collatérales insoupçonnées, occasionnant d’autres blessures, et d’autres plaies. Ce jour-là j’ignorais encore que certains médecins prédiraient que jamais plus je ne courrais. J’ignorais toutes les complications que les spécialistes m’enjoindraient à expérimenter sans succès. J’ignorais, enfin, qu’un jour je m’investirais dans la passion d’entraîner. Cinq ans sans courir un mètre et un diplôme universitaire plus tard, j’ai fait la rencontre des deux athlètes fascinants que sont  Julian Jacquemin et Nicolas Joris, au sein de tout un groupe de bambins déchainés et espiègles auxquels je voudrais rendre grâce. Ils avaient environ 10 ans. Ils en ont aujourd’hui 18 et m’emboîtaient le pas ce dimanche à l’endroit même où mon dos a fait croire à une ribambelle de réputés docteurs que la course de haut niveau, c’était terminé. Ils m’épaulaient dans cette côte, comme ils m’ont épaulé à voir encore qu’il y avait dans le fait de courir quelque chose qui relève du prodige. Ils m’ont passionné pour le mouvement, la progression, le développement. Joël s’est joint à eux depuis longtemps, comme Camille, Juliette, Ruben, et maintenant Sacha et Gylliane pour ceux qui étaient de la partie ce dimanche, mais tous les membres du groupe ont quelque chose à voir dans cette passion, chacun à leur façon. Me retrouver avec eux sur ces terres fatidiques réveillait en moi bien des symboles…mais prendre le départ à leurs côtés et ravir les quatre premières places comme si nous étions à l’entrainement se charge de signification. Le périple, à l’instar du parcours, est boueux, aléatoire, « montueux et malaisé » comme un matin proustien, rempli de relances, d’erreurs de trajectoires, mais aussi d’aisance dans la descente, de complicité vigoureuse, de bonheur partagé à l’arrivée. De second souffle.

Courir et gagner à leurs côtés me susurre qu’une blessure, quelle qu’elle soit, même si elle ne guérit pas, même si elle laisse des traces non cicatrisées, se dépasse ou trépasse. Comme on se dépasse soi-même en bas d’une côte en se confiant que rien ne peut nous arriver. Et ce second souffle qu’ils me font vivre, tous autant qu’ils sont, me révèle que cette vie est sans doute trop bonne pour qu’on lui survive. Ce second souffle me révèle qu’on doit avoir besoin de plus de doigts que ceux de nos deux mains pour compter ceux qu’on aime.

Par une matinée de novembre ou dans un soir d’été, sur un terrain glissant ou une piste échaudée, sur le macadam de Hesbaye ou sur les sentiers d’Arizona, mon dos souffrira encore, mais il le fera avec leurs poumons brûlants, leurs sourires malicieux, leurs rêves encore frais, à entretenir, à faire grandir, à réaliser.

ROCKNRUN

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